Entrer à la crèche à deux ans, c’est bien aussi !

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Posté par adminkok le 10 mai 2019

Laurence Rameau, puéricultrice formatrice et auteure d’ouvrages sur la petite enfance, créatrice de la pédagogie Itinérance Ludique 

 

Souvent l’on pense que les enfants doivent entrer à la crèche lorsqu’ils sont de petits bébés et qu’ensuite c’est trop tard ou alors qu’il n’y a plus de place pour un enfant plus grand. Mais cela est faux. De plus en plus de crèches, et particulièrement celles qui fonctionnent en pédagogie Itinérance Ludique, ne se préoccupent pas de l’âge des enfants qu’elles accueillent. En effet, fonctionnant sans section mais en univers ludiques ouverts à tous les enfants, elles peuvent accueillir ensemble des enfants ayant des âges et des développements différents. C’est d’ailleurs plus une richesse qu’un inconvénient. Les enfants jouent ensemble et profitent d’espaces de repos et de repas qui sont adaptés à leur développement : lits hauts ou couchettes, repas dans les bras, en chaises hautes ou à table, univers ludiques variés et ouverts à tous. De ce fait certains enfants peuvent entrer à la crèche à 2 ans. Et c’est une bonne idée.

 

La crèche à 2 ans : pourquoi ? 

 

Non pas parce que cela prépare l’enfant à l’école, mais parce que cela lui permet d’expérimenter des situations qui vont l’aider à apprendre de nouvelles choses utiles pour son développement. Il va apprendre les relations avec les autres, le fonctionnement des autres êtres humains et comment il doit se comporter avec eux. Et nous savons tous que les humains sont des êtres complexes qui demandent de fréquentes, longues et studieuses expérimentations pour tenter de les comprendre.

Il va aussi apprendre à gérer ses émotions en étant aidé par d’autres adultes que ceux de sa famille. Ces adultes fonctionnent différemment et cela lui donne une plus grande ouverture sur les différentes possibilités du monde relationnel et social dans lequel il vit. On peut alors dire qu’il devient « bilingue » de son environnement. Il apprend en même temps le monde de la maison et de la famille et celui de la collectivité de jeunes enfants, comme s’il apprenait deux langues simultanément. Et cela ne pose pas de difficulté d’apprentissage, bien au contraire, c’est une richesse, comme pour le langage. 

Il va aussi apprendre de nouveaux concepts grâce à des explorations de matières et d’objets qui ne sont peut-être pas présents ou autorisés à la maison, comme la peinture, la pâte à sel, la terre ou les marionnettes, la cuisine, etc. Il va aussi explorer sa motricité dans de nouveaux espaces, souvent plus grands et avec d’autres enfants qu’il va imiter. 

 

Qui est cet enfant de 2 ans ?

 

Mais deux ans, c’est aussi un âge où l’enfant exprime clairement qu’il n’est pas forcément d’accord pour quitter ses parents ou qu’il est perdu et a peur. C’est un âge dit d’opposition. En fait l’enfant est devenu un peu moins dépendant de l’adulte et commence à explorer sa propre individualité.

Pour se construire il le confronte aux autres, il résiste aux impositions et marque clairement ses désaccords. De ce fait il peut se mettre en colère, pleurer de désespoir ou de peur, se jeter au sol, taper du pied, s’accrocher à ses parents. Ce sont des scènes qui sont souvent difficile à accepter et l’on a parfois tendance à penser que l’enfant fait du « cinéma ». Ce n’est absolument pas le cas, il n’en a pas encore les capacités mentales. Il est vraiment malheureux à ce moment-là et il faut l’aider.

 

Comment l’aider dans cette transition ?

En le préparant à ce changement d’environnement en lui disant la vérité

Dire à l’enfant la vérité qui le concerne est une règle de base. C’est-à-dire il faut lui indiquer, qu’en tant que parent, nous avons fait le choix de l’inscrire à la crèche car nous pensons que cela est une bonne décision le concernant. Pour autant il n’est pas la peine de trop insister sur le fait que la crèche est un lieu idéal pour lui, qu’il va bien s’y amuser et qu’il pourra faire plein de choses intéressantes et rencontrer de nouveaux « copains ». Cela pourrait lui sembler louche que ses parents persistent à lui parler de la crèche comme d’un paradis sur terre. C’est comme les épinards et les légumes verts en général.

A force de dire aux enfants que c’est bon pour leur santé, alors qu’eux trouvent cela mauvais au goût, ils finissent par douter du mot « bon » et comprennent qu’il s’agit d’un piège. Les légumes verts se mangent comme les autres aliments. Pour la crèche c’est pareil, c’est un choix comme les autres choix que les parents font pour leur enfant. Il faut donc la présenter à l’enfant comme une évolution normale de son parcours : les enfants vont à la crèche pour jouer à des jeux différents de ceux de la maison et apprendre des choses importantes. Et cette décision est motivée par le fait que les parents souhaitent ce qu’il y a de mieux pour lui.

 

En visitant la crèche avec lui et en faisant les présentations

Il est important que l’enfant se rende compte de l’environnement choisi pour lui par ses parents. Cet environnement comprend à la fois les locaux, c’est-à-dire les espaces de jeux, de sommeil, de repas et de soins, et les personnes qui vont s’occuper de lui. Ainsi ce doit être une présentation réciproque : les professionnelles se présentent, font visiter les locaux et accueillent cette nouvelle famille : parents et enfant. Et les parents se présentent en mettant en avant leur enfant. Il suffit simplement de dire : « je vous présente mon enfant, il aime telle ou telle chose et sait faire telle ou telle chose ».

Attention à toujours dire des choses positives sur lui, non pour les professionnelles qui vont apprendre à le connaitre, mais pour l’enfant qui se construit en fonction de ce que ses parents pensent et disent de lui. Attention également à ne pas lui demander des comportements encore impossibles pour lui, comme par exemple de dire bonjour. Il dira bonjour par la suite lorsqu’il remarquera que chaque jour les adultes le disent aux personnes qu’ils rencontrent et aussi lorsqu’ils s’adressent à lui. Alors, par imitation, il dira aussi bonjour.

 

En préparant avec lui un petit sac de crèche et les vêtements pour aller à la crèche

En effet, à cet âge les enfants aiment bien emporter avec eux les objets auxquels ils sont attachés. Cela comprend évidement l’objet transitionnel, c’est-à-dire le « doudou », ou encore la sucette. Mais cela peut aussi être un jeu auquel il tient, une photo de papa maman ou du chat ou de chien, un tee-shirt sur lequel il retrouvera l’odeur de maman, ... L’idée est ici qu’il puisse s’entourer de ces représentations de ses parents ou de sa maison, comme s’il apportait un peu de lui, de ses parents ou de son environnement habituel à la crèche.

Les professionnelles de la crèche doivent respecter ces apports et laisser l’enfant les conserver avec lui, même si cela suscite la convoitise des autres. Car dans un premier temps certains enfants de deux ans qui arrivent à la crèche ont besoin de se raccrocher à ce qu’ils connaissent avant d’aller vers la nouveauté, les jeux et les rencontres. Tout dépend de leur sécurisation affective.

On pourra aussi penser à bien préparer la veille les vêtements du lendemain pour aller à la crèche, en proposant à l’enfant de choisir ses vêtements parmi ceux qu’il préfère afin qu’il se sente à l’aise. Même si les recommandations des professionnelles sont de choisir des vêtements dans lesquels l’enfant peut bien bouger et se salir, il est important que les premiers jours l’enfant puisse mettre les vêtements de son choix parmi des propositions en rapport avec la saison.

 

Comment faire le jour J ?

Les enfants comprennent bien mieux ce qui est régulier dans le déroulement de leur journée. Donc pour l’aider à se repérer il convient de prévoir que ses trois premiers jours de présence à la crèche se déroulent selon la même organisation. Cela peut être trois matinées, ou trois après-midi, ou trois journées complètes, ou quelques heures, soit seul, soit accompagné de papa ou maman ou des deux. Tous les cas de figure sont possibles, en fonction des impératifs et des souhaits des parents et aussi des disponibilités de la crèche.

Ce qui importe est cette régularité. Mais, comme les enfants ont encore peu la notion du temps qui passe, il faut que cette régularité prenne en considération les moments saillants de la vie de l’enfant, comme par exemple les temps de repas et de sommeil. Ainsi il faut décider si ces trois jours identiques comprennent ou pas le repas, la sieste et le gouter. Cela permet de donner à l’enfant des points de repères sérieux.

 

Lui dire au revoir en instaurant un rituel de séparation

un bisou, un livre lu, le doudou donné, un coucou à la porte, … Ce sont des rituels de séparation, qui, lorsqu’ils reviennent, systématiquement au même moment en correspondant à la même situation, comme ici le départ du parent, deviennent compréhensibles et acceptables pour l’enfant.

Donc, après le rituel il faut partir pour que le rituel fonctionne. Ainsi en devenant prévisible, le monde de l’enfant est plus rassurant, ce qui l’apaise. Même si l’enfant pleure, les parents peuvent être, eux aussi, rassurer sur le fait que les professionnelles ont l’habitude et savent faire.

 

Instaurer aussi un rituel lors des retrouvailles.

En effet, les retrouvailles sont aussi des temps importants pour l’enfant. Parfois il lui faut du temps pour passer d’un environnement à un autre. En restant un peu avec lui à la crèche, il peut s’habituer au retour de ses parents, jouer encore un peu si besoin et comprendre que ses parents et les professionnelles forment une alliance bienveillante à son sujet, lorsqu’il les voit parler ensemble. Il faut donc que l’enfant sente que ce lieu appelé « crèche » plait à ses parents et que des relations amicales se nouent entre eux et les professionnelles qui s’occupent aussi de lui.

Mais il n’est pas nécessaire de demander à l’enfant de raconter sa journée car cela lui est impossible. A cet âge, il pense que ce qu’il vit à la crèche est forcément déjà connu de ses parents, car il n’est pas encore en capacité d’envisager que ses parents ont des pensées différentes des siennes. Donc ce n’est pas faute de bonne volonté de sa part à partager son vécu, mais faute de développement de son cerveau. Il faudra attendre que l’enfant grandisse et ait accès à la théorie de l’esprit pour raconter ses journées.