À la recherche d’un vrai jardin : les bienfaits des sorties en extérieur pour les enfants

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Posté par adminkok le 18 mars 2019

Laurence Rameau, puéricultrice-formatrice et auteure d’ouvrages sur la petite enfance

 

Le concept de la Micro-Crèche consiste en de petits espaces accueillant peu d’enfants à la fois, dans une ambiance plus familiale, faisant de ce fait moins « structure » ou moins « établissement » d’accueil. La Micro-Crèche peut ainsi être installée dans le bas d’un immeuble d’habitation ou de bureau, y compris dans de grandes villes où les espaces sont limités et la pression foncière élevée. De ce fait, toutes les Micro-Crèches ne bénéficient pas d’espaces extérieurs, loin s’en faut.

 

Or tous les enfants ont besoin de rencontrer la nature et de jouer dehors, pour sentir le vent, la pluie et le soleil sur leur peau, humer les parfums d’arbres, d’herbes et de fleurs, admirer les couleurs changeantes, se mouvoir sur des terrains différents, patouiller dans le sable, la terre et l’eau, connaitre le bonheur de se cacher, de courir, de tomber et de se salir.

 

 

Pouvoir jouer dehors quand même

Comment faire tout ça sans espace extérieur ? En emmenant les enfants en poussettes, à pied, ou en porte-bébés, dans les jardins publics. Pour les équipes de Micro-Crèches cela représente une contrainte organisationnelle, car sortir avec trois, six ou neuf enfants (il y a toujours des enfants qui restent à la crèche car ils dorment par exemple) n’est pas toujours facile.

 

Mais c’est aussi un vrai moment de bonheur à partager avec eux. On emporte les pelles et les sceaux lorsqu’il y a un bac à sable, une petite trousse de premiers soins au cas où, les chapeaux, la crème solaire et à boire s’il fait chaud, un ou deux pantalons de rechange, on ne sait jamais, et une couverture pour y installer les plus petits. Et c’est l’escapade pour une bonne heure, en général avant le déjeuner de 11H00 ou avant le goûter de 15H00. Sortir c’est bien, c’est même indispensable pour chaque enfant.

 

Mais sortir dans un jardin, avec de l’herbe, des arbres, des insectes et du sable n’est pas si simple car il faut trouver le parc qui propose ces réelles possibilités d’aventures ludiques. Dans les villes, les jardins se sont transformés et n’offrent plus vraiment les conditions d’accueil pour permettre aux enfants de jouer.

 

 

A la recherche du brin d’herbe

L’orientation très sécuritaire de ces dernières années a en effet conduit à la création de parcs pour enfants avec des zones extérieures, bitumées et recouvertes de revêtements antidérapants souples, censés limiter les risques de blessures et de salissures, mais aussi, conséquence importante, les possibilités de jeux. Il n’existe pourtant pas d’interdiction formelle à la présence d’arbres, d’herbes, de fleurs, de sable ou de terre dans les parcs accueillant des enfants.

 

Certes une règlementation de 1996

[1]

fixe des règles sur l’aménagement des aires collectives, les matériaux à utiliser et l’organisation de l’entretien. Il n’y est pas indiqué que le sable doit être supprimé, mais que les bacs doivent être maintenus dans des conditions d'hygiène satisfaisantes. Il n’y est pas indiqué que les plantes et arbres doivent être déracinés, mais queceux présents sur les aires de jeux doivent être choisis, implantés et protégés de façon à ne pas occasionner d'accidents pour les enfants.

 

Il n’est pas indiqué que la pelouse et la terre doivent être remplacées par du sol souple, mais que les zones sur lesquelles les enfants sont susceptibles de tomber alors qu'ils utilisent les équipements doivent être revêtues de matériaux amortissants appropriés. En fait des normes européennes et françaises définissent les exigences liées aux équipements de jeux extérieurs tels que les toboggans et balançoires

[2]

, à l’aménagement, à la conception et l’entretien des bacs à sable

[3]

, aux revêtements de sol qui absorbent les chocs.

 

Mais il n’y a aucune raison de voir le prolongement ou la généralisation d’un tel revêtement de sol à l’ensemble de l’espace extérieur que l’on ne peut, de ce fait, plus vraiment nommer jardin.

 

L’intérêt du jardin pour apprendre

Chaque enfant devrait avoir accès à un vrai jardin. Explorer physiquement le monde vivant, qu’il soit animal, végétal ou minéral, est une nécessité de la petite enfance. Pour comprendre cela, il faut avoir saisi qu’un petit commence toujours par éprouver son environnement au niveau sensoriel et physique, bien avant d’en comprendre les fonctions, lois et représentations possibles. Ce sont ses sens en éveil et la mobilité de son corps qui lui fournissent les renseignements lui permettant d’accéder à un premier niveau de compréhension du monde.

 

Plus les stimulations sensorielles sont riches, plus les possibilités de mouvement sur des terrains différents sont nombreuses, plus ses apprentissages sont importants. La nature change chaque jour et plusieurs fois par jour : les odeurs et les couleurs sont différentes, les perceptions auditives et tactiles aussi. Une grande partie de ces informations sensorielles sont perdues si l’accès à la nature est limité, si les enfants se meuvent uniquement sur des sols en plastique inerte. Pas de chants d’oiseaux ou de bourdonnements d’insectes, pas d’odeurs de fleurs ou d’herbe mouillée.

 

C’est une grande perte car non seulement la nature est riche en informations sensorielles, mais elle l’est aussi en explorations cognitives. Comparer la taille des cailloux, la malléabilité de la terre, la hauteur des plantes, la taille des trous et des monts, et bien d’autres choses encore, c’est ce que font les petits lorsqu’ils jouent dehors avec des bouts de bois, des feuilles, des tiges d’herbe et de la terre. Ils font de la patouille, des mixtures et autres potions magiques qui les renseignent sur les éléments, leurs propriétés et leurs possibilités.

 

 

À la recherche d’un vrai jardin

Un vrai jardin est celui qui permet aux enfants d’expérimenter leur motricité sur des sols naturels et divers : des rondins de bois de différentes hauteurs, des buttes d’herbes à monter et descendre, des trous et des cachettes sous des arbres ou dans des labyrinthes de plantations, des murs à grimper.

 

Un vrai jardin est aussi celui qui permet aux enfants d’expérimenter les matières naturelles diverses : du sable, de l’eau qui coule, des terres de couleurs différentes, des feuilles, des cailloux et des morceaux de bois.

 

Un vrai jardin est celui qui permet aux enfants d’expérimenter des sensations différentes même lorsqu’ils se déplacent à quatre pattes : des sols durs, rugueux, mous, doux ou piquants, des zones d’ombres et de soleil, des couleurs de plantes qui varient selon les saisons, des chants d’oiseaux et d’insectes, des odeurs de fleurs, des zones découvertes à la pluie et d’autres protégées, etc.

 

Enfin, un vrai jardin est celui qui permet aux enfants de rejouer des scènes de la vie quotidienne : des maisons et des routes, des garages, des tables de pique-nique pour faire de la potion magique. Il y a tant de choses à inventer dans un vrai jardin !




[1]

Décret n°96-1136 du 18 décembre 1996 fixant les prescriptions de sécurité relatives aux aires collectives de jeux.  Article 1 « Sont également soumises au présent décret les aires collectives de jeux situées dans l'enceinte des établissements accueillant des enfants et dont les équipements sont susceptibles d'être utilisés par ceux-ci à des fins de jeux. »

[2]

FD S54-203 (décembre 2017) Aires de jeux

NF EN 1176(octobre 2017)Équipements et sols d’aires de jeux

NF EN 1177 (janvier 2018) Sols d’aires de jeux absorbant l’impact

[3]

FD S54-206 (septembre 1998) Hygiène des bacs à sable